DES OPINIONS DES PHILOSOPHES LIVRE SECOND [274] Ayant donc acheve de traiter des Elements, Principes, & autres matieres semblables, je passerai outre maintenant a discourir des effets qui en sont composes. CHAPITRE I. Du Monde. Monde ainsi appele, a cause de son ordre; n'y en a qu'un, & les contraires avis sur ce point. Pythagore a ete le premier qui a appele le contenu de l'univers, Monde, pour l'ordre qui est en icelui. Tha [275] les & ses disciples ont tenu, qu'il n'y a qu'un monde. Democrite, Epicure, & leur disciple Metrodore, qu'il y a infinis mondes en un infini espace, selon toutes dimensions. Empedocle, que le cours du Soleil est la circonscription des bornes & termes du monde, & que cela est son confinement. Seleucus a tenu, que le monde est infini: Diogene, que l'univers est bien infini, mais que le monde est bien termine & fini. Les Stoiques disent qu'il y a difference entre le tout & l'univers, pource que tout est l'infini avec le vide: & le tout sans le vide, le monde: tellement que ce n'est pas encore tout un, que le tout & le monde. CHAPITRE II. De la Figure. Le monde est rond. Les Stoiques tiennent que le monde est rond: les autres pointu en pyramide, les autres en forme d'oeuf: Epicure, qu'il y en peut avoir de ronds, & d'autres d'autre forme. CHAPITRE III. Si le Monde est anime. Le monde n'est anime, selon Aristote, refutant tous les autres: mais, au contraire de l'opinion d'Aristote, le monde est gouverne par la providence. Tous les autres tiennent qu'il est anime, & gouverne par la providence: Democrite, Epicure, & generalement tous ceux qui ont mis en avant les Atomes, & le vide, qu'il n'est ni anime ni gouverne par la providence, ains par quelque nature non capable de raison. Aristote, qu'il n'est ni anime tout, & en toutes ses parties, ni sensible, ni raisonnable, ni intellectuel, spirituel, ou gouverne par la providence: bien sont tous les corps celestes capables de toutes ces qualites-la, pource que les spheres des cieux sont animees & vivantes, mais que les corps terrestres n'ont aucune de toutes ces qualites-la, & que l'ordre qui est entre eux, y est par accident, non par raison propensee. CHAPITRE IV. Si le Monde est incorruptible. Melange d'opinion provenant de l'ignorance de la creation du monde, du peche de l'homme, de la fin du monde, & du jugement dernier. Pythagore & Platon, que le monde a ete engendre de Dieu, & qu'il est incorruptible quant a sa nature, dautant qu'il est sensible, comme etant corporel, mais toutefois qu'il ne perira ni ne se corrompra point, pour la providence divine qui le conserve & contient: Epicure, qu'il est perissable, dautant qu'il est engendre ni plus ni moins qu'un animal ou une plante: Xenophane, que le monde est eternel [276] & incorruptible, non fait par creation: Aristote, que la partie du monde qui est au dessous de la Lune, est toute passible, & que les corps voisins de la terre sont sujets a corruption. CHAPITRE V. Dont se nourrit le Monde. Autres opinions extravagantes tiree de fausses presuppositions. Aristote, que si le monde se nourrit, il se corrompra. Or est-il qu'il n'a besoin de nulle nourriture: par consequent donc aussi est-il eternel. Platon, que le monde se baille a soi-meme nourriture de ce qui se corrompt, par mutation: Philolaos, qu'il y a double corruption, quelquefois par le feu tombant du ciel, & quelque fois par l'eau de la Lune, qui se repand par subversion de l'air. CHAPITRE VI. A quel Element commenca Dieu a fabriquer le Monde. Pour la resolution de cette question & de la plupart des preceptes & suivantes, voyez Moise en decrit au premier chapitre du livre appele Genese. Les Naturalistes tiennent que la creation du monde commenca a la terre, comme etant le centre d'icelui, dautant que le commencement d'une sphere, c'est le centre: Pythagore, au feu, & au cinquieme Element: Empedocle, que le premier qui fut separe fut la quinte-essence, le second fut le feu, apres lequel la terre, de laquelle etant un peu etroitement serree, par l'impetuosite de sa revolution, sourdit l'eau, laquelle s'evapora en air: & que le ciel fut fait de la quinte-essence, le Soleil du feu: & que des autres Elements furent constipes & composes les corps terrestres, & voisins de la terre. Platon, que ce monde visible a ete forme au moule & patron de l'intellectuel, & que du monde visible, l'ame a ete faite la premiere, & apres elle ce qui est corpulent: ce qui est du feu & de la terre, le premier, & ce qui est de l'eau & de l'air, le second. Pythagore, que des cinq figures des corps solides, lesquels s'appellent aussi Mathematiques, du Cube, qui est le corps carre a six faces, avait ete faite la terre: de la Pyramide, le feu: du corps a huit faces, qui est l'Octaedre, l'air: de l'Isocaedre, qui est le corps a vingt faces, l'eau: & du Dodecaedre, qui est le corps a douze faces, la supreme sphere de l'univers. Platon meme en cette opinion suit Pythagore. [277] CHAPITRE VII. De l'ordre de la fabrique du Monde. Voyez le premier chapitre du Genese. Diverses opinions de Leucippe, Democrite, & Epicure. De Platon. D'Aristote. D'Empedocle. Parmenide disait, que c'etait comme des couronnes entrelacees l'une dedans l'autre, l'une de substance rare, l'autre epaissie, melees l'une & l'autre de lumiere & de tenebres entre elles, & que ce qui les contenait ensemble toutes, etait ferme comme un mur. Leucippe & Democrite enveloppent le monde d'une tunique ou membrane. Epicure tenait que de quelques mondes les extremites etaient rares, & de quelques autres epaisses, & que d'iceux aucuns etaient mobiles, autres immobiles. Platon met le feu premier, puis le ciel, apres l'air, & puis l'eau, & la derniere la terre, mais aucunefois il conjoint le ciel avec le feu: Aristote en premier lieu le ciel impassible, qui est le cinquieme corps, apres lequel les Elements passibles, le feu, l'air, l'eau & la terre la derniere, desquels il attribue le mouvement circulaire au corps celestes, & des autres qui sont au dessous, aux legers le mouvements contre-mont: aux pesants, le mouvement contre-bas. Empedocle ne pense pas que les lieux des Elements soient toujours arretes & certains, mais qu'ils le changent tous entr'eux. CHAPITRE VIII. Pour quelle cause est le Monde penchant. Quelle resolution peuvent donner ceux qui sont si peu resolus, & qui disputent, si subtilement sans preuves ni raisons. Diogene & Anaxagore, apres que le monde fut compose, & les animaux sortis & produits de la terre, que le monde se pencha ne sait comment de lui- meme, en la partie devers le Midi, a l'aventure par la divine providence, afin qu'il y eut aucunes des parties du monde habitables, autres inhabitables, par froid excessif, par embrasement, & par temperature: Empedocle, que l'air cedant a la violence du Soleil, les poles pencherent, & que celui du cote de la bise se leva contre-mont, celui devers le Midi s'abaissa, & par consequent tout le monde. CHAPITRE IX. A savoir si hors du monde il y a du vide. Les Pythagoriques & Aristote. Les disciples de Pythagore tiennent qu'il y a du vide hors le monde, dedans lequel & duquel le monde re [278] spire: mais les Stoiques, auquel par embrasement se resout l'infini. Posidonius ne le met pas infini, mais autant comme il suffit a la dissolution. Au premier livre du vide Aristote disait qu'il y avait du vide: Platon qu'il n'y avait rien de vide, ni dedans le monde, ni au dehors. CHAPITRE X. Quelle est le partie droite, & quelle est la partie gauche du monde. Orient & le tropique d'ete est la droite partie. Pythagore, Platon, Aristote, que l'Orient est la droite partie, & l'Occident la gauche: Empedocle, que la partie droite est vers le Tropique de l'ete, la gauche devers le Tropique de l'hiver. CHAPITRE XI. Du ciel, & quelle est sa substance. Aristote condamne l'opinion d'Anaximene, approche de celle d'Empedocle. Anaximene tient, que la circonference exterieure du ciel est de terre: Empedocle, qu'il est solide, le ciel etant de l'air congele par le feu, ni plus ni moins que le cristal, & qu'il contient ce qu'il y a de feu & d'air en l'un & en l'autre hemisphere: Aristote qu'il est compose du cinquieme corps, ou d'un melange de chaud & de froid. CHAPITRE XII. De la division du Ciel, & en combien de cercles il se divise. Cinq ceintures ou bandes & a travers celle du Zodiaque, entre-taillees a angles droits par le Meridien, qui passe du pole Arctique a l'Antarctique. Thales, Pythagore, & ses sectateurs, que toute la boule du ciel est departie en cinq cercles, qu'on appelle Zodiaque ou ceintures, & d'iceux l'un s'appelle Arctique, & toujours apparent, l'autre Tropique d'ete, l'autre Equinoctial, l'autre Tropique d'hiver, l'autre Antarctique, & toujours cache, & puis un oblique en travers les trois du milieu, qui s'appelle Zodiaque, touchant en passant tous les trois, lesquels sont tous entre-tailles a angles droits par le Meridien, qui passe d'un pole a l'autre. Pythagore, a ce qu'on dit, fut le premier, qui s'avisa de l'obliquite du Zodiaque, laquelle invention neanmoins Ocnipe natif de Chio s'attribue, comme en etait auteur. CHAPITRE XIII. Quelle est la substance des Etoiles, & comment elles sont composees;[279] Etranges opinions de Thales, d'Empedocle, d'Anaxagore, de Diogene. D'Empedocle, de Platon. De Xenophane. Des Pythagoriens. D'Epicure. Thales tient qu'elles sont terrestres, mais enflammees neanmoins: Empedocle, qu'elles sont enflammees, & de feu, que le ciel contenait en soi a la premiere excretion: Anaxagore, que le ciel qui nous environne est bien de nature de feu, quant a son essence, mais que par la vehemence de sa revolution ravissant des pierres de la terre, & les ayant allumees, elles devinrent astres. Diogene estime que elles soient de la nature de la pierre ponce, & que ce soient les soupiraux du monde: & derechef lui-meme, que ce soient pierres non apparentes, lesquelles tombantes bien souvent en terre, s'eteignent comme il advint au lieu appele, Les fleuves de la chevre, ou il tomba jadis un astre de pierre en forme de feu. Empedocle, que les etoiles fixes sont attachees au cristal du ciel, mais que les Planetes sont detachees: Platon, que pour la plus part elles sont de feu, mais neanmoins qu'elles participent encore des autres Elements, comme de la colle: Xenophane, que ce sont des nuees enflammees, mais qui s'eteignent par chacun jour, & puis la nuit elles se r'allument comme les charbons, & que leur lever & leur coucher est un allumer & eteindre: Heraclide & les Pythagoriens, que chacun des astres est un monde contenant une terre & un air & un ciel en une nature etheree, infinie: & ces opinions-la sont es vers Orphiques, ou de chacun astre ils font un monde. Epicure ne reprouve rien de tout cela, se tenant a son, il peut etre. CHAPITRE XIV. De la figure des astres. Astres sont spheriques, comme le monde, le Soleil, & la Lune, Anaximene ajoutant qu'ils sont fiches au ciel. Les Stoiques tiennent que les astres sont spheriques, ni plus ni moins que le monde, le Soleil & la Lune: Cleanthe, qu'il sont de forme de pyramide. Anaximene, qu'ils sont fiches, comme tetes de clou au cristal du ciel. Autres tiennent que ce sont comme lames enflambees, comme des peintures. CHAPITRE XV. De l'ordre & situation des astres. Platon distingue les cieux plus exactement que les autres Philosophes. Xenocrate estime qu'ils se meuvent sur une meme superficie, mais les autres Stoiques, qu'il y en a les uns devant, les autres en bas & haut. Democrite met les etoiles fixes les premieres, & puis apres les planetes & errantes, apres lesquelles il met le Soleil, la Lune, & Lucifer, Venus. Platon apres la situation des etoiles fixes met en premier lieu celle [280] qui s'appelle Phenon, qui est l'etoile de Saturne: la seconde de Phaeton, qui est celle de Jupiter: le tierce Pyrois, c'est-a- dire, enflambee, qui est celle de Mars: la quatrieme Phosphorus, qui est celle de Venus: la cinquieme Stilbon, celle de Mercure: la sixieme, le Soleil: la septieme, la Lune: & au dessous d'icelle, les etoiles fixes & errantes. CHAPITRE XVI. Du mouvement des astres. Voyez les discours des Astronomes anciens & modernes sur cette dispute & autres precedantes & suivantes. Anaxagore, Democrite, Cleanthe, tiennent que tous les astres vont de l'Orient en Occident, Alcmeon & les Mathematiciens disent que les Planetes se meuvent a l'opposite des etoiles fixes, de l'Occident en Orient: Anaximandre, qu'ils sont portes par les spheres & cercles, sur lesquels ils sont attaches: Anaximene, qu'elles se meuvent aussi bien vers la terre, comme a l'entour de la terre: Platon & les Mathematiciens, que le cours du Soleil, de Venus, & de Mercure, sont egaux. CHAPITRE XVII. D'ou sont les etoiles enluminees. Voyez comme dessus. Metrodore, que toutes les etoiles fixes sont illuminees du Soleil: Heraclite & les Stoiques, que les etoiles se nourrissent des exhalaisons montants de la terre: Aristote, que les corps celestes n'ont point besoin de nourriture, pource qu'ils ne sont pas corruptibles, mais eternels: Platon & les Stoiques, que tout le monde & les etoiles, semblablement se nourrissent d'eux-memes. CHAPITRE XVIII. Des etoiles qu'on appelle Castor & Polux, & aujourd'hui feu saint Herme. La resolution de cette question est traitee par ceux qui ont ecrit des Meteores. Xenophane, que les etoiles qui apparaissent quelquefois sur les navires, sont de subtiles nuees, qui selon un certain mouvement reluisent: Metrodore, que ce sont etincelles sortant des yeux de ceux qui les regardent avec crainte & etonnement. CHAPITRE XIX. De la signifiance des etoiles, & comment se font l'hiver & l'ete. [281] L'hiver & l'ete amenes par le Soleil, la Lune & les etoiles. Platon dit, que les signifiances de l'ete & de l'hiver procedent du lever & du coucher du Soleil & de la Lune, & des autres etoiles, tant fixes comme errantes: Anaximene, que cela n'advient point par la Lune, mais par le Soleil seul: Eudoxe & Aratus, que c'est communement par toutes les etoiles, & dit en ces vers, Dieu a fiche les astres radieux, Signes certains en la voute des cieux, Les departant tout au long de l'annee, Pour nous montrer comment elle est gouvernee. CHAPITRE XX. De la substance du Soleil. Le Soleil defini par Platon etre un corps de beaucoup de feu. Simple definition entre celles que contient ce chapitre, pour la ferme resolution duquel lisez les ecrits des anciens & modernes Astronomes. Anaximandre, que c'est un cercle vingt & huit fois aussi grand comme la terre, ayant le tour semblable a celui d'une roue de chariot plein de feu, auquel en certain endroit il y a une bouche, par laquelle il montre son feu, comme par le trou d'une flute. Xenophane, que c'est amas de petits feux, qui s'assemblent des humides exhalaisons, qui tous ensemble font le corps du Soleil, ou bien que c'est une nuee enflambee. Les Stoiques, que c'est un corps enflambe, procedant de la mer: Platon, un corps de beaucoup de feu. Anaxagore, Democrite, Metrodore, que c'est une masse, ou une pierre enflambee: Aristote, que c'est une boule du cinquieme corps: Philolaos Pythagorien, que c'est une maniere de verre, recevant la reverberation du feu, qui est en tout le monde: & en transmet la lumiere a nous comme a travers un tamis, tellement que ce qui est au ciel allume, ressemble au Soleil, & puis ce qui procede de lui, en forme de miroir, & tiercement la splendeur qui par reflexion de ce miroir se repand sur nous , car nous appelons cette splendeur-la, le Soleil, etant comme etant l'image de l'image. Empedocle, qu'il y a deux soleils, le premier le feu original, qui est en l'autre demie boule du monde, & remplit cette autre demie boule-ci, etant toujours situee vis-a-vis de sa resplendissante lueur par reflexion, & puis sa splendeur qui nous apparait en l'autre demie boule, remplie d'air melee de chaleur, laquelle splendeur se fait par refraction de la terre ronde dedans ce Soleil qui est de nature de cristal, & qui est entraine par le mouvement de celui de feu. Et pour dire plus clairement en peu de paroles, c'est-a-dire, le Soleil n'est autre [282] chose que la reflexion de la lueur du feu, qui est en la terre. Epicure, que c'est une epaisseur terrestre, percee a jour comme une pierre ponce, & allumee de feu. CHAPITRE XXI. De la grandeur du Soleil. Les Astronomes modernes prouvent qu'il est 166. fois plus grand que la terre. Anaximandre, que le Soleil est egal a la terre, mais que le cercle sur lequel il a sa respiration & sur lequel il est porte, est vingt & sept fois aussi grand que toute la terre. Anaxagore, qu'il est plusieurs fois aussi grand que tout le Peloponnese: Heraclite qu'il est large comme le pied d'un homme. Epicure derechef dit que tout ce qui est dit, peut etre, ou qu'il est aussi grand comme il nous apparait a la vue, ou peu plus grand, ou peu plus petit. CHAPITRE XXII. De la forme du Soleil. Le Soleil de forme ronde; Anaximene, qu'il est plat comme une lame: Heraclite, qu'il est de la forme d'une nacelle, ainsi boussu par dessous. Les Stoiques, qu'il est rond comme le monde & les etoiles. Epicure, que tout ce qui est dit, peut etre. CHAPITRE XXIII. Des Solstices. Le Solstice, dit Aristote, se fait a cause de l'obliquite du Zodiaque, par lequel le Soleil chemine en biaisant, & pour la circonstance des deux tropiques. Anaximene, que les astres sont repousses par l'air epaissi resistant: Anaxagore, par repoussement de l'air qui est a l'entour des Poles, que le Soleil meme poussant rend plus fort par l'epaississement: Empedocle, que la Sphere qui le contient l'empeche de passer outre, & semblablement aussi les deux cercles Tropiques. Diogene tient que le froid s'opposant a la chaleur, le Soleil s'eteind: les Stoiques, que le Soleil passe a travers l'espace de sa pature, qui est au-dessous de lui, qui est la mer Oceane, & la terre, des vapeurs & exhalaisons desquellles il se nourrit: Platon, Pythagore, Aristote, que c'est a cause de l'obliquite du cercle Zodiaque, par lequel il chemine en biaisant, & pour la circonstance des deux cercles Tropiques, dont il est environnes, ce que meme la sphere montre evidemment. CHAPITRE XXIV. De l'Eclipse du Soleil. La doctrine de la sphere eclaircie par les Astronomes de notre temps, approuve & explique l'opinion de Thales. Thales a dit le premier, que le Soleil eclipse & defaut quand la Lune se met au dessous droitement a plomb, dautant qu'elle est de sa nature terrestre, ce qui se voit claire [283] ment comme en un miroir, dedans un bassin. Anaximandre dit que c'est quand la bouche par ou sort la chaleur du feu est close: Heraclite, quand le corps du Soleil, qui est en forme de nacelle, se tourne dessus dessous, de maniere que la partie courbe soit contre-mont, & la bossue contre-bas devers notre vue. Xenophane, que cela se fait par extinction, & puis qu'il retourne derechef a sa premiere clarte le lendemain a son lever: & si ecrit davantage, qu'il y a tellement eclipse du Soleil qui dure tout un mois, & aussi une eclipse toute entiere, de sorte qu'il semble que le jour devienne nuit. Aucuns tiennent que cela se fait par un epaississement de nuees, qui surviennent a l'imprevu au devant de la plaque du Soleil. Aristarque met le Soleil entre les etoiles fixes, & dit que c'est la terre qui se tourne a l'entour du Soleil, & que selon les inclinations, elle vient a l'obscurcir de son ombre. Xenophane tient qu'il y a plusieurs Soleil, & plusieurs Lunes, selon la diversite des Climats de la terre, & a quelque revolution de temps le rond du Soleil vient a donner en quelque appartement de la terre qui n'est pas habituee, & que ainsi marchant comme par un pays vide, il vient a souffrir l'eclipse: le meme dit, que le Soleil va tout droit a l'infini, mais que par la longueur de la distance il nous semble qu'il tourne. CHAPITRE XXV & XXVI. De la substance de la Lune, & de la grandeur d'icelle. La Lune est un corps partie opaque, partie transparent humide & moyennement chaud a cause de la Lumiere du Soleil, dont il emprunte la sienne, & est beaucoup moindre que la terre. Anaximandre dit que c'est un cercle dixneuf fois aussi grand que toute la terre, tout plein de feu, comme celui du Soleil, & qu'elle eclipse quand la roue se tourne, pource qu'il dit que ce cercle ressemble a une roue de chariot qui a la curvature de son tour creuse & pleine de feu: mais qu'il y a comme un soupirail par ou ce feu s'exhale. Xenophane dit, que c'est une nuee epaisse & serree: les Stoiques, qu'elle est melee de feu & d'air: Platon que elle tient plus du feu: Anaxagore, Democrite, que c'est une fermete allumee, ou il y a des campagnes, des montagnes & des vallees: Heraclite, que c'est une terre environnee de brouillards: Pythagore, que le corps de la Lune tire sur la nature du feu; CHAPITRE XXVII. De la forme de la Lune. De forme ronde Les Stoiques la prononcent plus grande que toute la terre, & le Soleil de meme: Parmenide, qu'elle est egale [284] au Soleil, & qu'elle est enluminee par lui: les Stoiques, qu'elle est ronde comme une boule, ainsi que le Soleil: Empedocle, qu'elle est de la forme d'un bassin: Heraclite, de la forme d'une nacelle: les autres, de la forme d'une pyramide ronde. CHAPITRE XXVIII. Des illuminations de la Lune. Encore que ce corps ait lumiere propre, toutefois pource qu'il serait trop petit & obscur pour la charge qu'il a d'eclairer la nuit, il en emprunte du Soleil. Anaximandre tient qu'elle a une lumiere propre, mais un peu plus rare: Antiphon, qu'elle lui de sa propre lumiere: & ce qu'elle se cache quelquefois procede de l'opposition du Soleil, quand un plus grand feu vient a obscurcir un moindre feu, ce qui meme advient aux autres etoiles. Thales & ses sectateurs, que c'est tout de meme de la Lune comme du Soleil, pource que tous deux etant de la forme & figure d'une nacelle, & que recevant des humides exhalaisons, ils sont illumines a notre vue, le Soleil plus clairement, dautant qu'il chemine par un air plus pur & plus clair, & la Lune en un plus trouble, & pour cette occasion elle semble plus obscure. CHAPITRE XXIX. De l'Eclipse de la Lune. L'Eclipse lunaire est une defaillance de la Lumiere que la Lune emprunte du Soleil, par l'ombre de la terre entre le Soleil & la Lune, lors qu'ils sont diametralement opposes. Anaximene dit que c'est quand la bouche par ou feu sort est estoupee6: Berosus, que c'est quand la face qui n'est point allumee se tourne devers nous: Heraclite, que c'est quand la bosse de la nacelle nous regarde & se tourne devers nous: aucuns des Pythagoriens, que c'est une reverberation ou obstruction de notre terre, ou bien d'une autre opposite. Mais les plus modernes tiennent, que c'est par augmentation de la Lune qui se va allumant peu a peu reglement jusques a ce qu'elle face la pleine Lune, & derechef se tourne, diminuant en meme proportion, jusques a la conjonction a laquelle elle s'eteind entierement. Platon, Aristote, les Stoiques, les Mathematiciens tout d'un accord disent que ce que tous les mois elle s'absconse, est parce qu'elle se vient joindre au Soleil, de la lumiere duquel elle est toute offusquee, mais que les Eclipses se font quand elle vient a donner dedans l'ombre de la terre, qui se trouve directement entre ces deux grands luminaires, ou plutot parce que la lune est toute bouchee. [285] CHAPITRE XXX. De l'apparence de la Lune, & pourquoi il semble qu'elle apparait terrestre. Opinions diverses refutees par les Astronomes anciens & modernes. Les Pythagoriens tiennent qu'elle apparait terrestre pour autant qu'elle est tout a l'entour habitee, ni plus ni moins que la terre ou nous sommes, est peuplee de plus grands animaux, & de plus belles plantes, parce que les animaux y sont quinze fois plus forts que ceux de ce monde: qui ne rendent aucuns excrements, & que la nuit y est en meme proportion de longueur. Anaxagore dit, que l'inegalite qui apparait en sa face, procede de ce qu'il y a du froid & du terrestre mele parmi, pour autant qu'il y a de la tenebrosite melee parmi la nature de feu: d'ou vient qu'on l'appelle Astre de fausse lumiere. Les Stoiques tiennent que pour la diversite de la substance la composition de son corps n'est pas incorruptible. CHAPITRE XXXI. De la distance qu'il y a entre le Soleil & la Lune. Voyez pour la refutation de ce point & de toutes les autres disputes, & calculs des Astronomes. Empedocle tient qu'il y a deux fois autant depuis la Lune jusques au Soleil, comme depuis la terre jusques a la Lune: les Mathematiciens disent qu'il y a dixhuit fois autant: Eratosthene, qu'il y a depuis la terre jusques au Soleil sept cents quatre vingts mille stades. CHAPITRE XXXII. Des annees, & combien contient la grande annee de chacune des Planetes. En combien de temps chaque planete fait son cours, & de la revolution du grand an. L'an de Saturne est de trente ans communs: de Jupiter de douze: de Mars, de deux: du Soleil, de douze mois: & autant de Mercure & de Venus, car leur cours est egal: de la Lune trente jours: car celui-la est le mois parfaits, depuis son apparition jusques a sa conjonction. Et quant au grand an, les uns le mettent a dixneuf ans, les autres a seize, & les autres a cinquante neuf. Heraclite le met a dixhuit mille ans solaires: Diogene, de trois cents soixante & cinq ans, tels comme l'an d'Heraclite les autres de sept mille sept cents soixante & sept ans. (SUITE...) ?