DES OPINIONS DES PHILOSOPHES LIVRE TROISIEME [286] Quant a cette doctrine des Meteores elle est aujourd'hui clairement & doctement expliquee en plusieurs livres exprimes, s'il veut ample resolution de ce qui est touche en passant, ou qui semble n'etre ferme ni recevable quelques fois. Ayant sommairement traite es deux livres precedents, des corps celestes, & etant demeure aux confins d'iceux, qui est la Lune, je me mettrai en ce troisieme a traiter & discourir des Meteores, c'est-a-dire, de ce qui se fait a mont, depuis le cercle de la Lune, jusques a la situation de la terre, laquelle on dit tenir le lieu de centre en la composition du Globe de l'univers & commencerai d'ici. CHAPITRE I. Du cercle de lait. Opinion poetique des Pythagoriens. C'est un cercle qu'il semble nubileux, apparaissant toujours en l'air & qu'on nomme cercle lactee, pource qu'il a blanche couleur. Aucuns des Pythagoriens disaient, que c'etait l'embrasement de quelque etre, etant sorti hors de sa propre place, & ayant brule & embrase en rond par tout le chemin ou il etait passe du temps de l'embrasement de Phaeton: les autres disent que ce fut anciennement par la le cours & la voie du Soleil. Aucuns tiennent que c'est une apparence speculaire seulement par reflexion des rayons du Soleil sur la voute du ciel, ni plus ni moins qu'il se fait en l'arc en ciel & aux nuees. Metrodore, que c'est pour le passage du Soleil, & que c'est le cours par ou passe le Soleil. Parmenide tient, que le melange du rare & du presse engendre cette couleur-la de lait. Anaxagore, que l'ombre de la terre s'arrete en cet endroit-la du ciel, quand le Soleil etant sous la terre n'illumine pas tout. Democrite, que c'est la splendeur de plusieurs petites etoiles, pres les unes des autres qui s'entre-illuminent a cause de leur epaisseur. Aristote tient, que c'est une exhalaison seche qui s'allume, laquelle est une grande quantite, & s'entretient, & que ainsi se fait une chevelure de feu au dessous du ciel & des planetes: Posidonius, que c'est une consistance de feu plus claire qu'une etoile, & dont la splendeur est plus epaisse & plus serree. CHAPITRE II. Des cometes, etoiles passantes ou tombantes, & des chevrons de feu qui apparaissent en l'air. Des cometes, & comme elles & [se?] font. Diverses opinions des philosophes. Diverses sortes d'icelles. Des etoiles passantes. Aucuns des sectateurs de Pythagore tiennent que la comete est un astre du nombre de ceux qui n'apparaissent pas toujours, mais qui a certaines revolutions de temps prefix se montrent: les autres, que c'est une reflexion de notre vue vers le Soleil, laquelle se fait par les memes raisons que les apparences qui se font dedans les miroirs. Anaxagore, Democrite, disent que c'est un concours de deux etoiles ou de plusieurs, que c'est une consistance d'une exhalaison seche enflammee: Straton, que c'est la splendeur d'une etoile enveloppee d'un nuage epais comme il se fait es lampes: Heraclide Pontique, que c'est un nuage haut eleve qui est illumine & eclaire par une sublime lumiere aussi, & dit que l'etoile barbue se forme de meme les autres, comme tous les Peripateticiens disent que les chevrons, la colonne & autres semblables impressions qui apparaissent en l'air, se font par diverses conformations des nuees qui sont en l'air: Epignes , que c'est une elevation d'esprit & de vent mele de terre qui s'enflamme: Boetus que c'est une apparition d'air coule. Diogene tient, que les Cometes sont etoiles: Anaxagore, que les etoiles passantes sont comme etincelles qui tombent du feu elementaire: Metrodore, que c'est quand le Soleil vient a donner violemment dedans une nuee, que ses rayons en scintillent, Xenophane dit, que toutes telles apparition sont constitutions & epaississements ou mouvements de nuees qui s'enflamment. CHAPITRE III. Des ceremonies, foudres, eclairs, vents brulants, & sions7. Des tonnerres & comme ils se font. Foudres, eclairs, vents brulants, & tourbillons comment engendres. Que c'est du tonnerre, & comment il se fait. Anaximandre tient, que tout cela se fait par le vent, pource que quand il advient qu'il est enferme dedans une nuee epaisse, alors par sa subtilite & legerete la rupture fait le bruit: & la divulsion, a cause de la noirceur de la nuee, cause la lumiere: Metrodore, quand en une nuee serree pour son epaisseur il vient a s'enfermer du vent, par l'effraction il fait le bruit, & par le coup & dechirure, il resplendit, & par la soudainete de son mouvement prenant la chaleur du Soleil il foudroie, & quand la foudre est imbecile, elle se convertit en vent brulant. Anaxagore dit, que c'est quand le chaud vient a tomber dedans le froid, c'est-a-dire, une partie [288] etheree, ou du feu celeste, vient a s'enfermer dedans l'air, par le bruit elle engendre le tonnerre, & par la multitude & magnitude de la clarte, la foudre: & quand le feu a plus de corps, alors il se fait un tourbillon ou sion: & quand il tient plus de la nuee, alors il s'engendre un vent brulant. Les Stoiciens disent, que tonnerre est un combat de nuees, l'eclair un embrasement par la friction, la foudre par une forte & vehemente lueur, & le vent brulant par une plus lache: Aristote, que tout cela se fait par une exhalaison seche, qui se vient a rencontrer enclose dedans une nuee humide, & qu'elle s'efforce d'en sortir a force de se frotter l'un contre l'autre, & par l'effraction le bruit s'engendre du tonnerre, & par l'inflammation de la secheresse l'eclair, le vent brulant & le tourbillon, selon qu'il y a plus ou moins de matiere, que l'un & l'autre tire quand & soi: car si elle est chaude, il se fait un vent brulant: si elle est plus epaisse, un tourbillon ou sion. CHAPITRE IV. Des Pluies, Neiges, & Greles. Par quels moyens elles se forment, & de leur matiere. Anaximene tient que les nuees se font parce que l'air vient a s'epaissir fort: & quand elles se coagulent encore davantage, alors il s'en exprime de la pluie: & de la neige, quand l'eau en tombant vient a se prendre & geler: & la grele, quand elle vient a etre surprise d'un vent froid. Metrodore tient, que les nuees se composent d'une elevation eveuse8: & Epicure, des vapeurs: & que les gouttes d'eau de pluie & la grele s'arrondissent par la longueur de leur descente. CHAPITRE IV. De l'Arc en ciel. L'arc en ciel est du nombre des meteores qui se font en apparence seulement. Comment il se engendre. De ses douleurs [sic!] & comment elles apparaissent telles. Opinion d'Anaximene. D'Anaxagore. De Metrodore. Entre les choses qui se font en l'air, aucunes ont veritable subsistance, comme la pluie, la grele: les autres n'ont que l'apparence seulement, non point de reale subsistance, comme quand nous sommes dedans un bateau, il nous semble que la terre ferme se remue. L'arc en ciel donc est du nombre de celles qui se font seulement en apparence. Platon dit, que les hommes ont feint que c'etait le fils de Thaumas, comme qui dirait, de merveille, pourautant qu'ils s'emerveillaient fort de le voir, comme montre Homere quand il dit, Comme s'etend devant les humains yeux, [289] L'arc teint de pourpre en la voute des cieux. C'est pourquoi aucuns ont fabuleusement invente & mis en avant, que lui ayant une tete de Taureau humait les fleuves. Comment donc est-ce que s'engendre cet arc en ciel? Il est certain que nous voyons par lignes ou droites, ou courbes, ou bien rebattues, qui n'apparaissent point, ains se comprennent par le discours de la raison seulement, d'autant qu'elles n'ont point de corps. Or voyons-nous a droites lignes les choses a travers l'air, & a travers les pierres transparentes, ou les cornes9, pource que toutes ces matieres-la sont de parties fort subtiles. Et voyons aussi par lignes courbes dedans l'eau: car notre vue se plie & se courbe par force, a cause que la matiere de l'eau est plus epaisse, c'est pourquoi nous voyons une rame de loin, qui nous semble courbe. La troisieme maniere de voir est par refraction, comme ce qu'on voit dedans les miroirs: l'arc en ciel est de telle sorte, car il faut entendre que la vapeur humide etant elevee contre- mont se tourne en nuee, & puis petit a petit en gouttes humides. Quand donc le Soleil vient a descendre vers l'Occident, il est force que tout arc celeste apparaisse vis-a-vis en la partie contraire du monde, quand notre vue donnant dedans ces gouttes-la, vient a etre rebattue de maniere qu'il se forme la un arc celeste: & sont ces gouttes-la, non point la forme de la figure d'arc, mais de la couleur. La premiere est rouge, la seconde jaune, la tierce bleue, la quarte verte: la couleur rouge donc apparait, pourautant que la clarte du Soleil donnant dedans ces gouttes-la, & cette vive splendeur venant a etre rebattue & renvoyee fait aparoir la couleur rouge: la seconde partie plus obscure & venant a dissoudre cette vive splendeur, fait la jaune, qui est comme un relachement du rouge: & puis venant a se brouiller & obscurcir encore davantage ce qui segrege10 la vue, il se forme en vert. Ce qu'on peut eprouver par experience, car si on prend de l'eau a l'opposite du Soleil, & qu'on la fasse distiller, de sorte que les gouttes d'eau rompent & rebattent les rayons du Soleil, on trouvera qu'il se fera une forme d'arc en ciel: le meme advient a ceux qui ont les yeux malades, quand ils jettent leurs yeux sur une lampe. Anaximene estime que l'arc en ciel se fait par illumination du Soleil, qui donne dedans une nuee epaisse, grosse & noire, de maniere que ses rayons ne pouvant percer & penetrer a travers s'amassent sur icelle. Anaxagore tient, que c'est une refraction de la lumiere ronde du Soleil donnant contre une nuee epaisse, laquelle doit toujours etre vis-a-vis de lui, ni plus ni moins qu'un miroir: par la meme raison [289] naturelle, comme il dit, apparaissent principalement au pays de Pont, deux ou plusieurs Soleils. Metrodore tient, que quand le Soleil reluit a travers les nues, la nue apparait bleue & la lueur se fait de couleur rouge. CHAPITRE VI. Les Verges. Comment se font les Verges les Soleils opposites. Les Verges qui apparaissent quelquefois au ciel, & les Soleils opposites adviennent par la temperature de la matiere sujette, & de l'illumination, quand les nuees nous apparaissent non en leur naturelle propre couleur, ains en autre, causee de la diverse irradiation: & en toutes ces apparitions-la memes effets adviennent, & par raisons naturelles, & par epreuve d'experience. CHAPITRE VII. Des Vents. Comment se font les vents, & du changement de leurs noms. Anaximandre tient, que le vent est une fluxion de l'air, quand les plus subtiles & plus liquides parties de lui sont emues ou fondues par le Soleil. Les Stoiques disent, que tout vent est fluxion de l'air, & que selon les mutations des regions ils changent aussi de nom, comme venant de vers la nuit, ou le Pouvant, il s'appelle Zephyr: du cote de Levant, & du Soleil, il se nomme Apeliote: du cote de Septentrion, Boreas: du cote de Midi, Lybs. Metrodore, qu'une vapeur eveuse etant echauffee par le Soleil produit l'impetuosite des vents: & que les anniversaires, qui s'appellent communement Etesies, soufflent quand l'air qui est a l'entour du Septentrion etait epaissi par le froid, flue avec le Soleil, qui s'en retourne apres le solstice de l'ete. CHAPITRE VIII. De l'Hiver & de l'Ete. Comment se font ces deux saisons. Empedocles & les Stoiques tiennent, que l'hiver se fait quand l'epaisseur de l'air gagne & monte contre-mont: & l'ete quand le feu au contraire gagne & descend contre-bas. Au reste, ayant traite des impressions qui s'engendrent en l'air, nous courrons aussi par dessus celles qui se font en terre. CHAPITRE IX. De la Terre, quelle est sa substance, & combien elle est grande[291] Il n'y a qu'une terre qui est finie. Thales & ses dependants tiennent, qu'il n'y a qu'une terre: OEcetes Pythagorien deux, ceste-ci, & l'opposite. Les Stoiques, qu'il y a une terre, & finie: Xenophane, que du cote d'a-bas elle est fondee en une profondeur infinie, & que elle est concreee de feu & d'air: Metrodore, que la terre est vase, & la lie de l'eau: & le Soleil, de l'air. CHAPITRE X. De la forme de la terre. La terre est ronde; Thales, & les Stoiques, & ceux de leur ecole, tiennent qu'elle est ronde comme une boule: Anaximandre, que elle est semblable a une pierre en forme de colonne: Anaximene, qu'elle est plate comme une table: Leucippe, qu'elle a la forme d'un tabourin11: Democrite, qu'elle est plate comme un bassin, mais creuse au milieu. CHAPITRE XI. De la situation de la terre. Est au milieu ou centre de l'univers. Les disciples de Thales, qu'elle est au milieu: Xenophane, qu'elle est la premiere fondee & enracinee en un fond infini: Philolaus Pythagorien, que le milieu est feu, pource que c'est le foyer de l'univers: la seconde, la contre-terre: la tierce, celle que nous habitons, & qui tourne a l'entour de la contre-terre, qui est la cause pour laquelle ceux qui sont en celle ci ne voient pas ceux qui sont en celle-la. Parmenide est le premier qui a limite les lieux habites en la terre, a savoir ceux qui sont es deux bandes habitables jusques aux cercles des Tropiques. CHAPITRE XII. Du penchement de la terre. A son contre-poids egal. Leucippe que la terre encline vers le Midi, a cause de la rarete qui est es parties Meridionales, dautant que les parties Septentrionales sont atteintes par les froidures, & les opposites enflammees: Democrite, pourautant que l'air est plus imbecile vers le midi, la terre croissant penche de ce cote-la, dautant que le cote du Nord est intempere, & au contraire celui du Midi est tempere, & pour cette raison il pese plus sur ce cote-la, la ou la terre produit plus de fruits, & les amene a plus grande augmentation. [292] CHAPITRE XIII. Du mouvement de la terre. Est ferme & ne bouge. Les autres tiennent que la terre ne bouge: mais Philolaus Pythagorien tient qu'elle se meut en rond par le cercle oblique, ni plus ni moins que fait le Soleil & la Lune. Heraclide Pontique & Ecphantus Pythagorien remuent bien la terre, mais non pas qu'elle passe d'un lieu en un autre, restant enveloppee comme une roue de bandes, depuis l'Orient jusques en Occident, a l'entour de son propre centre. Democrite dit, que du commencement la terre vaguait ca & la, tant pour sa petitesse comme pour sa legerete, mais s'etant estreinte12 & appesantie par le temps, elle s'est arretee immobile. CHAPITRE XIV. De la division de la terre, & combien elle a de bandes. Elle a cinq bandes. Pythagore dit que la terre, ni plus ni moins que la sphere de l'univers, est divisee en cinq bandes, l'Arctique, la Tropique d'ete, celle de l'Hiver, l'Equinoctiale, & l'Antarctique desquelles la metyoene termine le milieu de la terre, & pour cette cause se nomme la Zone brulee, mais a son avis elle est habitable etant temperee, comme celle qui est au milieu de celle d'ete & de celle d'hiver. CHAPITRE XV. Des tremblements de terre. Causes de ces tremblements diversement expliques par les anciens Philosophes, & pour la resolution desquelles lisez ceux qui ont ecrit sur la Philosophique en ces derniers temps. Thales & Democrite en attribuent la cause a l'eau: les Stoiques disent, le tremblement de la terre est quand l'humidite qui est dedans la terre vient a se subtiliser en air, & a sortir par force: Anaximene, que la rarete & secheresse de la terre sont les causes du tremblement, l'une etant produite & causee par les excessives chaleurs, & l'autre par les excessives pluies: Anaxagore, parce que l'air etant entre dessous la terre, vient a se presenter au cuir pour sortir, mais le trouvant fort & epais, dautant qu'il ne peut trouver par ou sortir, il la secoue par tremblement: Aristote, pour la circonstance du froid qui l'environne de tous cotes, dessous & dessus, car le chaud tache a gagner le haut, comme celui qui est leger de sa nature, & pourtant l'exhalaison seche se trouvant [293] enfermee, en s'efforcant de fendre, & tournant & retournant ca & la, secoue la terre. Metrodore, que nul corps etant en son lieu propre & naturel, ne se remue, si autre, actuellement ne le pousse ou ne le tire, & pourtant que la terre etant situee en son lieu naturel, ne se remue point; mais bien qu'aucuns lieux & parties d'icelle vont aux autres. Parmenide & Democrite, pource qu'elle est de tous cotes egalement distante, elle demeure en son contre-poids, n'ayant point de cause pourquoi elle dut pencher plus d'un cote que d'autre, & pourtant qu'elle se secoue seulement, mais qu'elle ne bouge pas pour autant. Anaximene, pourautant que elle est plate, qu'elle est portee dessus l'air. Les autres disent sur l'eau, comme les lames & les aix13 plats flottent dessus l'eau, & que c'est pourquoi elle se meut. Platon, que de tout mouvement il y a six circonstances, dessus, dessous, a droite, a gauche, devant, & derriere: & que la terre ne se peut mouvoir par aucune de ces differences, pourautant que de toutes parts elle est au plus bas du monde, a l'occasion de quoi elle demeure bien immobile, n'ayant rien pourquoi elle doive plus encliner en une part qu'en une autre, mais que certains endroits d'icelle, pour etre rares au dedans, se secouent. Epicure tient, qu'il peut etre qu'elle est agitee & secouee par l'air, qui est au dessous, epais, & de nature d'eau: qu'il peut etre aussi qu'etant cavernee es parties inferieures, elle est agitee & tourmentee par le vent qui s'enferme dedans ses concavites. CHAPITRE XVI. De la Mer, comment elle est concreee, & comment elle est amere. Divers avis de la creation & amertume de la mer. Anaximandre, que c'est un reste de la premiere humidite, de laquelle le Soleil a seche la plus grande partie, & ce qui en est demeure, il le transmue par son inflammation: Anaxagore, que l'humeur primitive etant repandue comme un etang, a ete brule par le mouvement que le Soleil fait a l'entour, & qu'etant exhalee la partie huileuse, le reste s'est affaisse en salure & amertume. Empedocle que c'est la sueur de la terre echauffee du Soleil, pource que elle est baignee par dessus: Antiphon, que c'est la sueur du chaud, duquel l'humide, qui etait contenu dedans, a ete espreint14 en bouillant, ce qui advient en toute sueur. Metrodore, pource qu'etant coulee a travers la terre, elle retient quelque chose de sa densite, comme ce qu'on passe a travers la cendre. [294] Les sectateurs de Platon, que de l'eau elementaire, ce qui en est par refrigeration congele de l'air, est doux: mais que ce qui en est evapore par embrasement & inflammation, en est sale. CHAPITRE XVII. Comment se font les flux & reflux, le flot, & l'herbe [sic] en la mer. Aristote attribue la cause au Soleil & aux vents. Pythias a la Lune. Platon a un soulevement d'eaux. Autres a diverses autres causes. Aristote & Heraclite, que c'est le Soleil qui le fait, dautant que c'est celui qui excite & mene quand & lui la plus part des vents, lesquels venant a donner dedans la mer Oceane enflent la mer Atlantique, & ainsi font le flux; & puis quand ils viennent a faillir, la mer etant retiree baisse, & ainsi cause le reflux ou l'hebe [sic]. Pythias de Marseille tient que la pleine Lune est celle qui fait le flux, & le decours le reflux: Platon l'attribue a un sous-levement des eaux, disant qu'il se fait un sous-levement qui a travers la bouche d'un pertuis porte ca & la le flux & le reflux, par le moyen desquels les mers sont oppositement tourmentees. Timee en donne la cause aux rivieres qui entrent dedans la mer Atlantique tombant des montagnes des Gaulles, qui par leurs irruptions & entrees violentes, en poussant les eaux de la mer font le flux, et en se retirant par intervalles, quand ils cessent ils causent le reflux. Seleucus le Mathematicien, qui fait aussi la terre mobile, dit que le mouvement d'icelle est contraire & opposite a celui de la Lune, & que les vents etant tires ca & la, a l'opposite, par ces deux contraires revolutions, venant a donner dedans l'Ocean Atlantique, brouille aussi la mer a mesure qu'il se remue. CHAPITRE XVIII. De l'Aire. Comment se fait l'aire. L'Aire se fait ainsi. Entre le corps de la Lune ou de quelque autre astre, & notre vue, se rencontre et s'arrete vu air gros & nebuleux, & puis notre vue venant a se rompre en icelui air & a s'elargir, & puis donner jusqu'au cercle de l'astre en sa circonference exterieure, il nous semble qu'il se fait un cercle a l'entour de l'astre & ce cercle-la ou couronne est ce qui s'appelle de l'Aire, pource qu'il semble que cette apparente impression se fasse tout joignant cela ou donne notre vue elargie. (SUITE...) ?