DES OPINIONS DES PHILOSOPHES LIVRE CINQUIEME [306] CHAPITRE I. De la Divination.; [307] Comment se fait la divination, & qu'elle a diverses especes, contre les Epicuriens. Platon & les Stoiques l'introduisent par inspiration suivant la divinite del'ame, quand l'ame est eprise de l'esprit divin, ou bien par revelation des songes: ceux-la admettent & approuvent plusieurs especes de divinations: Xenophane & Epicure au contraire, otent toute divination: Pythagore reprouve seulement celle qui se fait par les sacrifices: Aristote & Dicaearque admettent seulement celle qui se fait par inspiration divine & par les songes, non qu'ils estiment l'ame etre immortelle, mais qu'elle a quelque participation de la divinite. CHAPITRE II. Comment se font les songes. Opinions diverses touchant les songes. Democrite, que les songes se font par representation des images: Straton parce que l'entendement est ne sais comment plus sensible en dormant & s'emeut lors plus a apeter connaissance. Herophile que les songes divinement inspires se font par necessite, les naturels parce que l'ame se forme une image & representation de ce qui lui est utile, & de ce qui en doit advenir. Ceux qui sont meles & de nature mixte, casuellement & fortuitement, ou par approchement & acces des images, quand ce que nous desirons, nous le voyons, comme ceux qui songent qu'ils jouissent de leurs amours. CHAPITRE III. Quelle est la substance de la substance. Definition de la semence. Aristote, que la semence est ce qui a pouvoir de mouvoir en soi-meme, a parfaire quelque chose de tel que est ce dont il a ete exprime: Pythagore, l'ecume du plus utile dans la superfluite de la nourriture, comme le sang & la moelle: Alcmeon, partie du cerveau: Platon, defluxion de la moelle de l'epine: Epicure, une abstraction de l'ame & du corps: Democrite, de tous les corps & des principales parties d'iceux, la geniture des nerfs charnus. CHAPITRE IV. Si la semence est corps. Diversite d'opinions si c'est corps ou non. Leucippe & Zenon, que c'est corps, pource que c'est une abstraction de l'ame: Pythagore, Platon, Aristote, que la force de la semence n'a point de corps, comme l'entende- [307] ment , qui est celui qui remue le corps, mais bien que la matiere qui est jetee hors & repandue est corporelle: Straton & Democrite, que la puissance meme est corps, dautant qu'elle est esprit. CHAPITRE V. Si les femelles aussi bien que les males rendent semences. Les femelles ont & rendent semence, & quelle. Pythagore, Epicure, Democrite, que la femelle aussi jette semence, pource qu'elle a des vases seminaires a l'envers: voila pourquoi elles apetent encore apres l'acte de la generation: Aristote & Zenon, qu'elle rend une matiere humide, comme la sueur qui sort des corps qui s'exercent ensemble, non pas que ce soit semence: Hippon, que les femelles jettent de la semence non point que les males, mais que cela ne sert point a la generation, d'ou vient qu'aucune femme, mais peu, en jettent sans compagnie de l'homme memement les veuves, & que les os se concreent de la semence du male, & la chair de la femelle. CHAPITRE VI. Comment se font les conceptions. Male comment s'engendrent, & que c'est qui empeche la conception. Aristote pense que les conceptions, & engouffrements se fassent, parce que la matiere a ete devant attiree par la purgation naturelle, & parce que les purgations ont amene quelque partie du sang pur de toute la masse, tellement qu'il en advient que le male s'en engendre: & aucontraire, que ce qui empeche les conceptions est quand la matrice est impure ou qu'elle est pleine de ventosites, ou de peur, ou de tristesse, ou pour la faiblesse & imbecilite des femmes, ou par l'impuissance des hommes. CHAPITRE VII. Comment engendrent les males & les femelles. Choses concurrents en la generation des males & des femelles, & diverses opinions sur ce propos. Empedocle tient, que les males & les femelles s'engendrent par le moyen de la chaleur & de la froideur, d'ou vient qu'on raconte que les premiers males naquirent au monde devers le Soleil Levant & devers le Midi, & [309] les femelles vers le Septentrion: Parmenide au contraire dit, que les males naquirent devers les Septentrion, pource que l'air y est plus gros & plus epais: & au contraire, les femelles vers le Midi, a cause de la rarete & subtilite de l'air: Hipponax a cause de la semence qui est plus forte & plus epaisse ou bien plus faible & plus liquide: Anaxagore, Parmenide, que la semence qui vient du cote droit de l'homme se jette dedans le cote droit de la matrice, & du gauche en la partie gauche: mais si l'ejection se fait autrement, que lors il s'engendre des femelles. Leophanes dit qu'Aristote tient, que les males s'engendrent du genitoire droit, & les femelles du gauche: Leucippe, a cause de la permutation des parties naturelles, parce que l'un a la verge d'une sorte, & l'autre la matiere d'une autre, & n'en dit autre chose: Democrite, que les parties communes s'engendrent aussi tot de l'un que de l'autre, selon qu'il se rencontre mais les particulieres de celui qui est le plus puissant. Hipponax dit que si la semence est la plus forte, il se fait un male: si la nourriture, une femelle. CHAPITRE VIII. Comment se font les monstres. Quatre avis de Empedocle sur la generation des monstres. Empedocle, que les monstres s'engendrent pour l'abondance de la semence, ou bien par faute, ou par la turbulence & perturbation du mouvement, ou pource qu'il est divise en plusieurs parts: ainsi semble-il qu'il ait preoccupe toutes reponses: Straton, par addition ou substration, ou transposition, ou inflation de vents[:]24 aucuns des medecins, parce que quelque fois la matrice devient torse par force de ventosites. CHAPITRE IX. Pourquoi est-ce que le femme, qui a souvent compagnie de l'homme, ne concoit point. Avis divers de Diocles. Des Stoiques, d'Erasistratus. Diocles le medecin, parce que les unes ne rendent du tout point de semence, ou bien moins qu'il n'en faut, ou bien telle, qu'elle n'a point de vigueur vivifiante, ou par faute de chaleur, ou de froid, ou d'humidite, ou de secheresse, ou par relaxation des parties: les Stoiques, a cause de l'obliquite de la verge de l'homme qui est tortue, a raison dequoi il ne peut pas jeter la semence droit: ou pource que les parties sont disproportionnees pour la distance de la matrice: Erasistrate, a cause de la matrice, quand elle a des callosites [310] & durete, ou qu'elle est trop charnue, ou qu'elle est plus rare, ou plus petit qu'il ne faut selon nature. CHAPITRE X. Comment naissent les Jumeaux ou Trijumeaux. Generations des jumeaux attribuees a diverses causes; Empedocle dit, que c'est pour la multitude ou la divulsion de la semence: Asclepiade, a raison de l'excellence de la semence, ni plus ni moins que les chalumeaux d'orge, ou il y a deux ou trois epis, quand les semences sont fort generatives: Erasistrate, a cause des purgations, comme es betes brutes: car quand la matrice est repurgee, alors elle vient a la conception: les Stoiques qui sont dedans la matrice, quand la semence vient a tomber dedans le premier & dedans le second, alors se font les superfetations, & alors s'engendrent les Trijumeaux. CHAPITRE XI. D'ou se font les similitudes des peres & des meres & des ancetres. Similitude des enfants diversement expliquee. Empedocle que les similitudes se font par la force plus grande de la semence genitale, & les dissimilitudes, parce que la chaleur qui est en la semence est evaporee: Parmenide, quand la semence descend en la droite partie de la matrice, ils ressemblent aux peres: quand a la senestre, aux meres: Les Stoiques, de tout le corps & de toute l'ame issent25 les semences & si forment les similitudes de meme semences les formes & les figures, comme un peintre qui de memes couleurs peindrait l'image qu'il verrait devant soi: que la femme meme rend de la semence, & si elle plus forte, alors que l'enfant est semblable a la mere: & si c'est celle de l'homme, semblable au pere. CHAPITRE XII. Comment les enfants se font semblables aux autres, & non pas aux peres & meres. Vertu de l'imagination fort grande en la generation des enfants. La plus part des medecins, que c'est fortuitement & par cas d'aventure: quand la semence du pere & de la mere est refroide, les enfants ne leur ressemblent point: Empedocle, que par l'imagination de la femme en la conception se [311] forment les enfants: car souvent des femmes ont ete amoureuses d'images & de statues, & ont enfante des enfants semblables a icelles: les Stoiques par compassion & convenance des pensements, par evulsion de fluxions & de rayons, & non pas d'images, se font les ressemblances. CHAPITRE XIII. Comment se font les femmes steriles, & les hommes impuissants d'engendrer. Plusieurs avis des medecins sur la sterilite des femmes. De Diocles sur la sterilite des femmes. De la sterilite des deux parties. Les medecins tiennent qu'elles sont steriles, a cause de la matrice qui est ou trop serree, ou trop rare, ou trop dure, ou pour quelques callosites, ou parce que les femmes sont trop pusillanimes, ou parce qu'elles ne sont pas bien nourries, ou de mauvaises habitudes de corps, ou parce qu'elles ont contrefaites, ou par convulsion: Diocles tient, que les hommes sont infeconds, ou parce que les uns ne rendent du tout point de semence, ou moins qu'il n'en faut, ou non ayant forme d'engendrer: ou parce qu'ils ont les parties naturelles laches, ou parce qu'ils ont la verge tortue qui ne peut jeter sa semence droit, ou pour ce que elle n'est pas de longueur competente, vue la distance de la matrice: les Stoiques en accusent certaines qualites & facultes discordantes & incompatibles des parties, lesquelles separees l'une d'avec l'autre, & conjointes avec d'autres accordantes a leur complexion, alors se tempere la nature, & se parfait l'enfant. CHAPITRE X[I]V26. Pourquoi sont les Mulets & les Mules steriles. Mulets & Mules sont steriles, a cause de leur froideur, & incapacite des parties a la generation. Alcmeon tient, que les Mulets sont infeconds, pource que leur semence est trop deliee substance, qui vient de la froideur d'icelle: & les femelles, parce que leurs matrices ne s'ouvrent pas assez car ainsi le dit-il: Empeocle, a cause que leur matrice est trop petite, trop basse, & trop etroite, etant attachee & tournee vers le ventre, de sorte que ni la semence ne peut etre droit jetee dedans, ni quand bien elle y serait jetee, elle ne la recevrait pas: a quoi Diocles lui porte temoignage disant, Plusieurs fois aux anatomies ai-je vu la matrice telle, & qu'il advient pour les memes causes que quelques unes des femmes sont steriles. [312] CHAPITRE XV[I]27. Si l'enfant etant encore au ventre de sa mere est animal, ou non. De la vie de l'enfant au ventre de sa mere. Platon tient qu'il est animal, dautant qu'il a mouvement, & qu'il prend nourriture dedans le ventre: les Stoiques, que c'est une partie du ventre, non pas animal separe, comme les fruits des arbres qui viennent a tomber quand ils sont acheves de murir, aussi fait l'enfant: Empedocle, qu'il n'est point animal & neanmoins qu'il a vie, & que sa premiere respiration est a l'enfantement, lors que la superflue humidite se retire, & que l'air de dehors entre dedans le vide des vaisseaux ouverts: Diogene, que les fruits s'engendrent dedans la matiere sans ame, mais bien avec chaleur, d'ou vient que la chaleur naturelle, incontinent qu'il est sorti hors du ventre de la mere, est attiree dedans les poumons: Herophile laisse aux fruits etant dedans le ventre, le mouvement naturel, non pas la respiration: & de ce mouvement-la les nerfs sont la cause instrumentale, puis ils deviennent animaux parfaits, quand etant sortis du ventre, ils prennent un peu de haleine & d'air; CHAPITRE XVI. Comment se nourrissent les fruits dedans le ventre. Admirable providence de Dieu en la nourriture des enfants aux ventres des meres. Democrite & Epicure tiennent, que le fruit etant encore dedans le ventre prend nourriture par la bouche, d'ou vient que soudain qu'il est ne il cherche de la bouche le bout de la mamelle, parce qu'il y a dedans la matrice des bouts des teints, & des bouches par lesquelles ils se nourrissent: les Stoiques, par le lict & par le nombril: d'ou vient que les sages femmes incontinents le lient & lui ouvrent la bouche, afin qu'il s'accoutume a une autre sorte de nourriture, Alcmeon, qu'il se nourrit par tout le corps, parce qu'il attire comme une eponge, de toute la nourriture ce qui est propre pour le nourrir. CHAPITRE XVII. Ce qui est parfait le premier dedans le ventre. Opinions diverses, entrelesquelles celle des medecins est plus recue. Les Stoiques, qu'en la plus part l'epine du dos se forme la premiere, comme la quille de la navire: Alcmeon, la tete, comme celle qui est le siege de la raison: les medecins le coeur, auquel sont les veines & les arteres: les autres le gros orteil du pied: les autres le nombril. [313] CHAPITRE XVIII. Pourquoi est-ce que les enfants sont viables a sept mois. Opinion des Philosophes. Opinion des medecins. Opinion des Mathematiciens. Empedocle dit, que lors que l'homme fut engendre de la terre, le jour etait aussi long, pour le tardif mouvement du Soleil, comme sont aujourd'hui dix mois, & que par succession de temps il devint aussi long comme sont aujourd'hui sept mois, & pour cette raison que les enfants de dix mois & de sept sont viables, s'etant de la nature du monde accoutumee a amener en un jour le fruit en la maturite, depuis la nuit qu'il a ete mis en son ventre: Timee dit, qu'il n'y a pas dix mois, mais neuf, pour autant que les purgations menstruales sont arretees des le jour de la premiere conception: aussi pense-on que les enfants soient de sept mois qui ne le sont pas, pource qu'il y a des femmes qui ne laissent pas d'avoir leurs purgations encore apres qu'elles ont concu: Polybius, Diocles, les Empiriques, savent que le huitieme mois meme est vital, mais un peu plus debilement, dautant que bien souvent par imbecilite plusieurs perissent. Le plus ordinaire est, qu'on ne veut pas elever les enfants qui viennent a huit mois, mais que toutefois plusieurs y naissent: Aristote & Hippocrate disent, que si dedans sept mois la matrice se remplit, alors l'enfant demande a sortir, & lors ils sont viables, mais que s'il se pousse en avant, & que il ne se nourrisse point pour l'imbecilite du nombril, alors pour le grand travail & la mere est en danger, & son fruit ne s'en nourrit point: mais il demeure tous les neuf mois dedans la matrice, sortant alors il est tout accompli. Polybius dit, qu'il faut que les enfants pour etre viables aient cent quatre vingt deux jours & demi, pource que c'est l'espace de six mois, dedans lequel espace, le Soleil vient d'un solstice a l'autre: mais on dit qu'ils sont de sept mois quand il advient que les jours qui defaillent au premier mois se reprennent sur le septieme, & que les enfants de huit mois ne vivent point quand ils penchent hors de la matrice, & que le nombril est trop tendu, car il ne se nourrit point, comme celui qui est cause de l'aliment. Les Mathematiciens tiennent qu'il y a huit mois qui sont insociables de toute generation, & sept qui sont sociables.. Or les signes insociables sont, s'ils ont les astres dont ils sont les domiciles: car si en aucuns d'iceux echoit le sort de la vie de l'homme, cela signifie qu'il sera mal-heureux & de courte vie: & les animaux aux signes insociables sont qui se content les huitiemes, comme le Mouton au Scorpion est insociable, le Taureau avec l'Archer, les Jumeaux avec [314] le Capricorne, le Cancre, avec le Verseau, le Lion, avec les Poissons, la Vierge avec le Mouton: & pour cette raison que les enfants a sept mois & a dix huit mois sont viables & qu'a huit mois, a raison de la dissociation incompagnable du monde, ils perissent. CHAPITRE XIX. De la generation des animaux, comment ils ont ete engendres, & ils sont corruptibles. Les animaux ont ete crees, & perissables. Ceux qui tiennent que le monde est cree, tiennent aussi que les animaux ont ete crees, & qu'il sont perissables. Les Epicuriens, selon lesquels les animaux n'ont point ete crees, tiennent que la de mutation les uns aux autres ont ete engendres les animaux, car ce sont parties de ce monde, comme Anaxagore & Euripide disent, Rien ne meurt, mais changeant d'un en autre, ils montrent tantot une forme, & tantot une autre. Anaximandre tient que les premiers animaux furent engendree en humeurs environnes d'ecorces epineuses, mais avec l'age ils devinrent plus secs, & finalement l'ecorce etant rompue tout a l'entour, ils survecurent peu de temps apres, Empedocle que les premieres generations des animaux & des plantes ne furent point toutes entieres & parfaires, ains dejointes, parce que les parties ne s'entretenaient point: que les secondes generations, les parties commencant a se joindre, furent semblables a des images: les tierces qui naissaient les unes des autres: les quartes, non plus de semblables, comme de terre & d'eau, mais bien d'entr'eux-memes, aux uns leur nourriture etant epaissie, aux autres la beaute des femmes les excitant a un mouvement spermatique: au demeurant, que les genres de tous animaux ont ete divises par certaines temperatures. Les uns eurent leur inclination plus a l'eau: les autres respirerent en l'air, selon qu'ils tindrent plus de la nature du feu: les autres de temperature plus grave le poserent en terre: les autres de temperature egale de tous elements, jeterent voix de toute leur poitrine. CHAPITRE XX. Combien il y a de genres d'animaux, & s'ils sont tous sensitifs, & ayant usage de raison. Quatre genres d'animaux. Du sens & raison des animaux; Il y a un traite d'Aristote ou il dit, qu'il y a quatre genres d'animaux, terrestres, aquatiques, volatiles, & celestes: car il appelle les cieux, les astres, & le monde, animaux, & Dieu animal raisonnable immortel. Anaxagore, que tous les [315] animaux ont raison active: Democrite, Epicure que les celestes sont immortels, mais qu'il n'ont point l'entendement passif, qu'on appelle le truchement de la pensee. Pythagore, Platon, que les ames des animaux memes qu'on appelle irraisonnables, sont bien raisonnables, mais toutefois qu'elles ne peuvent operer raisonnablement, a cause de l'intemperee composition de leur corps, & dautant qu'ils n'ont point la parole pour s'expliquer, comme on voit es singes & es chiens, lesquels ont bien quelque voix, mais ils n'ont point de langage & de paroles distinctes. Diogene, qu'ils ont bien quelque entendement, mais que pour la grossesse & epaisseur de leur temperament, & pour l'abondance de leur humidite, ils n'ont ni discours de raison ni sentiment, ni plus ni moins que ceux qui sont furieux, parce qu'ils ont le cerveau blesse, & l'usage de raison empeche. CHAPITRE XXI. En combien de temps se forment les animaux dedans le ventre de la mere. Du temps de la formation des males & femelles. Empedocle, que les hommes commencent a se former depuis le trentesixieme, & qu'ils se parachevent de toutes les parties dedans le cinquantieme, il ne s'en faut qu'un. Asclepiade, qu'es males, dautant qu'ils sont plus chauds, la formation des membres se fait des le vingt & sixieme jour, & que plusieurs se parachevent de toutes leurs parties dedans le cinquantieme jour: mais aux femelles elles se forment en deux mois, & se parachevent en quatre, dautant qu'elles ont faute de chaleur naturelle, mais que les parties des animaux irraisonnables se parachevent entierement selon les temperatures des elements. CHAPITRE XXII. De combien d'elements se composent chacune des parties generales qui sont en nous. La chair, les nerfs, les ongles, & les os comment engendres. Empedocle estime que la chair s'engendre de la mixture & temperature du dedans des quatre elements: les nerfs du feu & de la terre meles en double proportion: & que les ongles s'engendrent es animaux par les nerfs refroidis a l'endroit ou l'air les touche: les os de l'eau & du dedans de la terre: & de ces quatre meles & contemperes ensemble, la sueur & les larmes se font. [316] CHAPITRE XXIII. Comment se font le sommeil, & la mort: si c'est de l'ame ou du corps. Les uns l'attribuent a la retraite du sang, les autres au refroidissement de la chaleur naturelle, les autres a la resolution de l'esprit sensitif. Alcmeon dit, que le sommeil se fait par le sang qui se retire au dedans des veines confluentes, & que le reveil est la diffusion du sang: que la retraite entiere est la mort. Empedocle, que le sommeil se fait par le refroidissement mediocre de la chaleur naturelle qui est en nous, & que le refroidissement entier est la mort. Diogene, si le sang se repand par tout, & qu'emplissant les veines il repousse l'air qui est en nous, en l'estomac & au ventre inferieur, il s'engendre sommeil, & alors l'estomac est plus chaud: mais si tout ce qui est de substance aeree vient a defaillir dans les veines, alors c'est la mort. Platon & les Stoiques, que le sommeil se fait par remission de l'esprit sensitif, non point par abaissement, & descente vers la terre, ains par elevation contre-mont vers l'endroit ou est le siege de la raison: mais quand il se fait entiere resolution de l'esprit sensitif, alors de tout point s'ensuit la mort. CHAPITRE XXIV. Quand & comment est-ce que l'homme commence a atteindre sa perfection. Environ les quatorze ans, selon l'avis d'Heraclite & des Stoiques. Heraclite & les Stoiques, que les hommes commencent a entrer en leur perfection environ la seconde septaine de leurs ans auquel temps la semence commence a couler: car les arbres memes commencent lors a entrer en leur perfection, quand ils commencent a engendrer leur semence: & au contraire, ils sont imparfaits, tant qu'ils sont non murs & sans fruit parquoi l'homme aussi alors est parfait, la ou environ la seconde septaine il commence a comprendre que c'est de bien & de mal, & de la doctrine d'iceux. CHAPITRE XXV. Lequel des deux est-ce qui dort, ou qui meurt, l'ame ou le corps. Divers avis sur le dormir: mais quant a la mort, le corps seul meurt, l'ame est immortelle. Aristote tient, que le dormir est commun a l'ame & au corps: & est le sommeil certaine humidite, qui evapore de l'estomac & de la viande a la tete, & a la chaleur na- [317] turelle qui est au coeur rafraichie, & que la mort est un total & entier refroidissement: & que la mort n'est que du corps tant seulement, non pas de l'ame, car d'elle elle est immortelle. Anaxagore, que le sommeil est de l'action corporelle, car c'est affection du corps, non pas de l'ame, & qu'il y a aussi bien mort de l'ame, a savoir la separation d'avec elle & du corps. Leucippe que le sommeil appartient au corps seul par concretion de ce qui est subtil & delie, mais que l'excretion excessive de la chaleur naturelle est la mort, qui sont passions du corps, & non pas de l'ame. Empedocle, que la mort est une separation des elements dont le corps de l'homme est compose, tellement que selon cela, la mort est commune autant au corps comme a l'ame, & que le sommeil est une separation de ce qui est de nature de feu. CHAPITRE XXVI. Comment sont venus a croissance les plantes, & les animaux. De la vie des plantes, & comme elle est consideree par les Philosophes. Platon, Empedocle, tiennent que les plantes memes sont animaux, ce qu'ils disent etre manifeste, parce qu'ils se croulent, & qu'ils ont les branches etenduees & quand on les plie ils cedent, puis quand on les lache ils s'en retournent. Aristote tient bien qu'ils sont animes, mais non pas pourtant animaux, a cause que les animaux ont mouvement, & aucuns sentiment & discours de la raison. Les Stoiques & les Epicuriens, qu'ils n'ont point d'ame, car ceux qui ont ame, ou elle est apetitive & concupiscible, ou elle est raisonnable, mais que les plantes sont crues casuellement & fortuitement, non point par le moyen de l'ame. Empedocle dit, que les arbres premiers que les animaux saillirent de la terre, devant que le Soleil fut deploye: & devant que le jour & la nuit fussent separes: & que par la proportion de la temperature l'un eu le nom de male, & l'autre de femelle, & qu'ils croissent par la force de la chaleur qui est dedans la terre, de maniere que ce sont parties de la terre, ni plus ni moins que les fruits du ventre des meres sont parties de la matrice: & que les fruits sont les superfluites de l'eau & du feu qui est dedans les arbres: & que ceux qui en ont faute, quand il est desseche par la chaleur de l'ete, perdant leurs feuilles, mais qu'en la plus part elles demeurent, comme celles du laurier, celles de l'olivier, celles du palmier: & que les differentes jus & saveurs procedent de la diversite de ce [318] qui les nourrit, comme es vignes, car la difference d'icelles ne fait pas le vin bon a user, mais du terroir qui les nourrit. CHAPITRE XXVII. De la nourriture & accroissement. Animaux comment se nourrissent & croissent. Empedocle, que les animaux se nourrissent par la substance de l'aliment qui leur est propre & qu'ils croissent par la presence de la chaleur: qu'ils diminuent, & se corrompent par faute de l'un & de l'autre, & que les hommes de maintenant, compares aux anciens, sont comme enfants venant de naitre. CHAPITRE XXVIII. D'ou viennent les apetits & les voluptes aux animaux. Resolution imparfaite d'Empedocle. Empedocle, que les appetits & cupidites viennent aux animaux par defaut des elements qui les composent, & les voluptes de l'humidite, & les mouvements de perils & autres choses semblables, les empechements, &.* CHAPITRE XXIX. Comment se fait la fievre, & si c'est un accessoire d'autre mal. Que c'est de la fievre selon Erasistrate & Diocles. Erasistrate definit la fievre ainsi: La fievre est un mouvement de sang qui vient a tomber dedans les vaisseaux des esprits, qui sont les arteres, contre la volonte du patient. Car tout ainsi come la mer, quand les vents ne la meuvent point ne bouge, mais quand un vent impetueux la vient a remuer, alors contre sa nature elle se remue & renverse jusqu'au fond: aussi au corps de l'homme, pendant que le sang est emu, il tombe dedans les vaisseaux des esprits & s'enflammant il echauffe tout le demeurant du corps: & lui plait que la fievre soit un sur accessoire. Mais Diocles dit: Ce qui apparait au dehors est indice de ce qui est cache au dedans. Or voit-on que la fievre survient aux accidents qui adviennent dehors, comme aux blessures, aux apostumes28, & aux bosses. CHAPITRE XXX. De la sante, maladie & vieillesse. Sante comment entretenue. D'ou viennent les maladies. D'ou vient la vieillesse, & pourquoi les peuples du Midi vieillissent plus tot que ceux du Septentrion. Alcmeon tient, que l'egalite des facultes du corps humain, comme de l'humidite, du chaud, du sec, du froid, de l'amer, du doux, & des autres, conserve & contient la sante: & qu'au contraire la monarchie, c'est a dire, predomination d'aucun d'iceux, fait la maladie: car celle predomination & principaute apporte corruption des autres, & est cause des maladies, comme quand la chaleur ou la froideur y est excessive pour la quantite trop grande, ou le defaut, comme en aucuns le sang defaut ou le cerveau: & que la sante est une proportionnee temperature de toutes les qualites. Diocles dit, que la plus part des maladies au corps humain procede de l'inegalite des elements, & de la temperature: Erasistrate, pour la quantite trop grande de la nourriture & de l'indigestion & corruption: mais que le bon ordre & la suffisance est la sante. Les Stoiques conformement tiennent, que la vieillesse advient a cause de la faute de chaleur, car ceux qui en ont plus, sont ceux qui vieillissent plus longuement. Asclepiade dit que les Ethiopiens vieillissent bien tot a l'age de trente ans, pource que leurs corps sont trop brules de la chaleur du Soleil: & qu'en l'Angleterre les hommes y vieillissent jusques a six vingt ans, dautant que ces lieux y sont froids: au moyen dequoi ils contiennent au dedans la chaleur naturelle: car les corps des Ethiopiens y sont plus rares, dautant qu'ils sont laches par la chaleur du Soleil: & au contraire, les corps des hommes qui sont vers le Septentrion, sont plus serres, & pour cette cause, ils vivent plus longtemps. ?